Le Président place l’électricité au cœur de la stratégie française
Par : Mathieu Forsans
Crédit : Élysée – Présidence de la République – capture d’écran vidéo du 26 mai 2026
« Échanger autour de cette équipe de France de l’électrification, l’actualité nous rappelle combien ce qui se joue est important pour le pays. Parler d’électrification pour la France, c’est parler d’indépendance, de souveraineté, de décarbonation et de compétitivité » C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron a ouvert, ce mardi 26 mai 2026 à l’Élysée, la mobilisation nationale baptisée « Électrifions la France ». Autour du chef de l’État étaient réunis industriels, énergéticiens, constructeurs automobiles, entreprises du bâtiment, investisseurs et gestionnaires de réseaux afin d’accélérer la transformation énergétique du pays.
Derrière cette séquence politique, l’exécutif tente désormais d’installer l’électricité au cœur du nouveau récit industriel français. L’objectif affiché est clair : réduire progressivement la dépendance du pays au pétrole et au gaz importés, accélérer la décarbonation de l’économie et repositionner la France dans les grandes chaînes industrielles de demain.
Selon les éléments présentés par l’Élysée, 58 % de la consommation finale d’énergie en France reste d’origine fossile. Une dépendance qui représente un coût considérable pour l’économie française. Le gouvernement estime que la France a dépensé 57,8 milliards d’euros en 2024 pour importer pétrole et gaz. À l’inverse, les exportations d’électricité auraient rapporté plus de 5,2 milliards d’euros sur la même période. Pour l’exécutif, cette situation illustre une fragilité économique et géopolitique devenue de plus en plus difficile à soutenir dans un contexte marqué par les crises énergétiques et les tensions internationales.
Depuis le début de la guerre en Ukraine et les instabilités persistantes au Moyen-Orient, la souveraineté énergétique est progressivement devenue un sujet stratégique majeur. Lors de son discours du 26 mai 2026, Emmanuel Macron a défendu un modèle énergétique fondé sur une électricité française « abondante, décarbonée et indépendante ».
L’Élysée met notamment en avant un chiffre devenu central dans sa communication : plus de 95 % de l’électricité produite en France proviendrait désormais de sources bas carbones, principalement grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité. Avec l’un des mix électriques les moins carbonés d’Europe, la France cherche aujourd’hui à transformer cet avantage énergétique en levier économique et industriel.
L’exécutif insiste également sur la résilience du réseau électrique français et sur sa capacité à absorber l’augmentation future des besoins. Les équipes de RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité, occupent une place centrale dans cette stratégie. Depuis plusieurs années, l’entreprise pilote l’adaptation des infrastructures électriques à l’électrification croissante des usages, au développement des énergies renouvelables et aux nouveaux besoins industriels. Le gouvernement met régulièrement en avant l’efficacité du réseau français ainsi que sa capacité à maintenir un haut niveau de stabilité énergétique malgré les transformations en cours.
L’Élysée présente également cette électricité décarbonée, abondante et stable comme un atout stratégique pour attirer les infrastructures liées à l’intelligence artificielle et les grands centres de données. Dans un contexte mondial marqué par l’explosion des besoins numériques, la capacité à fournir une énergie bas carbone devient progressivement un critère majeur d’attractivité pour les grands acteurs technologiques.
Cette stratégie s’inscrit directement dans la continuité du discours de Belfort prononcé par Emmanuel Macron en février 2022. À l’époque, le président de la République avait annoncé la relance du nucléaire français avec la construction de six réacteurs EPR2. Depuis, huit réacteurs supplémentaires sont désormais en préparation. En parallèle, le gouvernement poursuit l’accélération des énergies renouvelables et le développement massif des infrastructures électriques.
Le chef de l’État a également évoqué plusieurs pistes complémentaires destinées à renforcer cette trajectoire énergétique. Emmanuel Macron a insisté sur le développement du biogaz et des gaz renouvelables, sur l’objectif de multiplier par quatre la géothermie dans les prochaines années ainsi que sur l’hydrogène naturel, présenté comme une piste encore émergente dont les premiers retours seraient jugés encourageants par l’exécutif.
Mais cette stratégie dépasse largement la seule question de la production énergétique. Le gouvernement veut désormais transformer en profondeur les usages du quotidien et les grands secteurs économiques. Quatre domaines prioritaires ont été identifiés : les transports, les bâtiments, l’industrie ainsi que certains usages agricoles et artisanaux.
Dans le secteur automobile, l’exécutif vise 34 % de ventes de voitures électriques dès 2026, contre environ 20 % en 2025. Pour les véhicules utilitaires légers, l’objectif atteint 24 %, tandis que les poids lourds électriques pourraient représenter 16 % des ventes avec des modèles capables de dépasser les 600 kilomètres d’autonomie. Le gouvernement met également en avant les économies potentielles pour les ménages. Selon les estimations présentées à l’Élysée, un conducteur parcourant 12 000 kilomètres par an pourrait économiser jusqu’à 1 125 euros par an en roulant à l’électrique selon l’évolution des prix du carburant.
Le bâtiment constitue un autre chantier stratégique. Le chauffage représente encore 34 % de la consommation énergétique résidentielle française, largement alimentée par le gaz et le fioul. Pour réduire cette dépendance, le gouvernement veut accélérer le déploiement des pompes à chaleur avec un objectif d’un million d’installations par an d’ici 2030. Plusieurs industriels français ont déjà annoncé de nouveaux investissements afin d’augmenter leurs capacités de production sur le territoire national.
Dans l’industrie, la transformation s’annonce tout aussi importante. Aujourd’hui, l’électricité représente environ 37 % des usages énergétiques industriels. Le gouvernement vise 47 % dès 2030 puis 57 % à l’horizon 2050. Des investissements majeurs ont déjà été officialisés, notamment par ArcelorMittal qui prévoit à Dunkerque un four à arc électrique de 200 MW destiné à produire deux millions de tonnes d’acier bas-carbone par an.
Pour accompagner cette transformation, l’État promet 22 mesures concrètes et 4,5 milliards d’euros par an réorientés vers l’électrification. Parmi elles figurent une nouvelle vague de leasing social pour 50 000 véhicules électriques, jusqu’à 7 700 euros d’aides pour certains travailleurs fortement dépendants de leur véhicule, le déploiement massif des bornes rapides sur le réseau routier ou encore la création de 100 territoires pionniers d’électrification dès l’été 2026.
Les grands groupes énergétiques et industriels ont également officialisé plusieurs engagements financiers. EDF prévoit 240 millions d’euros d’investissements, Engie 430 millions d’euros dans les infrastructures de recharge, TotalEnergies 2,8 milliards d’euros consacrés à l’électrification des usages finaux en 2025, tandis qu’Electra prévoit 300 millions d’euros pour accélérer le développement des bornes ultra-rapides en France.
Selon l’Élysée, près de 600 000 emplois seraient aujourd’hui liés à la filière de l’électrification en France. Pour l’exécutif, cette transformation énergétique représente donc autant un enjeu climatique qu’un projet industriel et économique destiné à renforcer la compétitivité du pays.
Au-delà des annonces, cette stratégie pose cependant d’immenses défis industriels et territoriaux. L’électrification massive suppose une modernisation profonde des réseaux, des infrastructures et des capacités de production. Elle interroge également la capacité de la France à sécuriser ses approvisionnements en matières premières stratégiques comme le lithium, le cuivre ou le nickel dans un contexte mondial de plus en plus concurrentiel.
En réunissant industriels et énergéticiens à l’Élysée, Emmanuel Macron tente désormais d’installer l’électrification comme le nouveau moteur industriel français des prochaines décennies, à la croisée des enjeux climatiques, économiques et géopolitiques.